Nombre d’observateurs ont prédit que l’Afrique serait le continent du XXIème siècle. Une prédiction qui se voulait positive, synonyme de croissance et de décollement économique, quarante ans après la vague des indépendances.

Qu’en est-il exactement alors que l’avenir de la France est étroitement lié à l’évolution de la situation au sud de la Méditerranée ? Emmanuel Macron, récemment en visite au Rwanda puis en Afrique du sud, le sait mieux que personne : la perspective immédiate s’annonce beaucoup moins souriante. La progression du djihadisme à travers tout le continent suscite une vive inquiétude : quelque 160 villageois viennent encore d’être tués ces derniers jours au Burkina Faso.

Alors que la démocratie commençait à s’installer ici ou là, certes tant bien que mal, la propagation de groupes islamistes remet en question cette condition sine qua non du développement. Les filiales de l’Etat islamique et d’al-Qaïda ainsi que Boko Haram déstabilisent le Sahel, l’Afrique centrale et désormais l’Afrique australe, jusqu’au Mozambique, où les massacres dans les populations civiles se répètent. Face à cette menace constante, les gouvernements en place sont démunis.

Seule la France, aujourd’hui, accepte de jouer un rôle de gendarme avec l’opération Barkhane, forte de quelque 5000 hommes, en Afrique de l’Ouest. Présents depuis sept ans, nos soldats sont à la peine et personne ne peut prévoir une fin heureuse à notre engagement à court et moyen termes. L’instabilité politique chronique ne facilite pas les choses. Le deuxième coup d’Etat, perpétré dernièrement au Mali par la junte qui a pris le pouvoir en août 2020, illustre la difficulté d’avoir des interlocuteurs fiables dans la lutte contre le djihadisme. L’incertitude est telle qu’Emmanuel Macron vient de décider la suspension de la coopération militaire française au Mali. Un geste qui met les autorités de Bamako au pied du mur pour les obliger à ne pas négocier avec les groupes terroristes, comme elles en ont la tentation. Un retrait total de la France dans la région ? Il aurait de lourdes conséquences pour les pays concernés et pour nous.

« Je le dis avec lucidité, si on est complice de l’échec de l’Afrique, on aura des comptes à rendre, mais on le paiera cher aussi, notamment sur le plan migratoire », a déclaré le président français depuis l’Afrique du sud. D’où la nécessité, selon le chef de l’Etat, d’investir « massivement » sur place, à l’issue de la pandémie de Covid-19 « avec l’équivalent d’un plan Marshall ». La communauté internationale, ajoute-t-il, doit avoir « la générosité de dire qu’on efface une partie de la dette pour aider les Africains à bâtir leur avenir ».

Si la pandémie a peu touché le continent en proportion de sa population – 130.000 décès contre plus d’un million en Europe -, et on ne peut que s’en féliciter, elle a, en revanche, considérablement affecté l’activité économique.« La pandémie a brutalement rappelé que le XXIe siècle sera dominé par les risques planétaires et qu’hommes, nations et continents n’ont jamais été aussi interdépendants, écrivait, il y a peu, l’économiste Nicolas Baverez dans les colonnes du Figaro. À l’heure de la nouvelle guerre froide qui se dessine, les Européens ne doivent pas oublier qu’une part essentielle de leur prospérité, de leur santé et de leur sécurité se joue en Afrique. » Tout est dit : c’est en partie en Afrique que se joue l’avenir de l’Europe et de la France.

L’équipe de l’ASFE

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