Dolidier, « Tout le pouvoir à l’assemblée ! Une histoire du mouvement ouvrier espagnol pendant la transition (1970-1979) »


Dans les dernières années du franquisme, les années 1970 marquent la «  transition démocratique  ». La concertation avec l’opposition socialiste et communiste aboutit à une transition «  octroyée  » par les détenteurs du pouvoir. Franco remit le pouvoir à Juan Carlos, réintroduisit la royauté tout en gardant les rênes. La transition s’organisa autour d’un pacte de silence autour des tortures, des morts, des emprisonnements et de l’exil.

La grande lessiveuse mémorielle était en place. Les attentes des peuples basques et catalans étaient flouées au pied. Après la mort de Franco en 1975, le pacte de Moncloa en 1977 fut un modèle du genre de l’échange de la paix sociale contre la promesse de démocratie. Il scellait dans le marbre une union contre nature. L’accord de principe était le mutisme assumé sur les responsabilités passées et l’absence de poursuites. Il fallait oublier pour pouvoir construire une politique néolibérale à venir. «  Réconcilier tous les membres de la Nation  » pour pouvoir dépasser les traumatismes de la guerre civile et de la dictature franquiste. L’amnésie pour l’amnistie. Pendant ce temps allaient émerger progressivement des revendications sociales en vue de changer de société.

De nombreux travailleurs et travailleuses, de nombreuses habitantes et habitants des quartiers populaires inventèrent des formes multiples d’assemblées. Ce sont les structures démocratiques de ce mouvement social original que ce livre explore. Arnaud Dolidier, historien spécialiste du mouvement ouvrier espagnol durant la période de transition, s’appuie sur d’abondantes sources pour retracer l’histoire de ces assemblées, des luttes sociales d’ampleur qui y sont nées, les débats qui les ont traversées, et leur répression par l’État démocratique en transition. Ce livre interroge une réalité politique et sociale immédiate. Il pose des jalons de questionnements sur la démocratie, le rôle des intellectuel·les, le «  caractère fragile d’un ensemble de configurations politiques  ». Autant de questions qui animèrent les Conseils par le passé.

Dominique Sureau (UCL Angers)

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