Journée d’action dans la Santé le 22 septembre – pcof.net


La généralisation du passage obligatoire par le 15 pour accéder aux urgences est la première mesure phare du « plan flash » du ministre de la santé pour soi-disant désengorger les urgences. Cette mesure est un nouveau pas dans la remise en cause de l’égal accès aux soins pour tous, partout, au système public de santé…

Pour dénoncer cette situation et faire avancer les revendications des personnels tant sur les effectifs, les conditions de travail que sur les salaires, un appel est lancé par la fédération CGT santé pour une journée d’action le 22 septembre

« L’hôpital a tenu grâce à son personnel » et  « Comment en est-on arrivé à une crise d’une telle ampleur ? »  : nous reproduisons deux articles à lire dans La Forge de septembre 2022.

Comment en est-on arrivé à une crise d’une telle ampleur ?

Le 2 septembre 2022, France Inter annonçait une augmentation de 13 % du nombre de décès en juillet par rapport à l’année 2019, année avant Covid (chiffres INSEE).

Avec les périodes de canicule de cet été, personne n’a été épargné, mais est-ce la faute à pas de chance ? Certes il y a eu aussi une recrudescence de l’épidémie de Covid 19 en juillet, mais tous ces événements difficilement prévisibles viennent percuter un système de santé déjà tendu à bloc, en grande souffrance.

La situation est connue, identifiée, le diagnostic partagé, des reportages, des articles sur la crise que connaît l’hôpital, les urgences… paraissent tous les jours. Pour toute réponse, « une mission flash » de 41 mesures de celui qui allait devenir le nouveau ministre de la Santé.

Face à cette augmentation des décès, dire a priori que le tri des malades via le 15 – la mesure phare du nouveau ministre de la Santé pour les urgences – n’aurait eu aucune incidence est une gageure. Chacun sait les conséquences de tout retard dans la prise en charge d’un accident vasculaire cérébral (AVC) notamment.

En tout cas, ce n’est pas acceptable que des services des urgences comme celui de Mantes-la-Jolie aient dû fonctionner en mode dégradé avec parfois le transfert de patients dans d’autres services d’urgences par manque de personnel. Tout le système sur lequel reposent les soins d’urgence, la régulation comme les services d’urgence eux-mêmes, sont à la peine.

La régulation aux urgences avec obligation d’appeler le 15 avant tout accès, a été déployée sur environ 20 % des 660 services d’urgences recensés en France. Outre le fait que ce tri est une atteinte à l’accès aux soins pour toutes et tous, il a fortement augmenté les appels en direction notamment des services d’accueil médical d’urgence (SAMU), alors que les assistants de régulation médicale (ARM) qui répondent aux appels sont en sous-effectif de l’ordre de 500 à 800 postes pour un effectif de 2500 personnes en poste actuellement !

D’après la CGT Santé, en août, 42 services d’urgences étaient fermés et 95 % des services en difficulté. Les mesures préconisées par « la mission flash » n’ont visiblement pas été à la hauteur.

Mais pour le ministre de la Santé « la catastrophe annoncée n’a pas eu lieu grâce à l’investissement fort des personnels sur le terrain » (1). Autrement dit, rien n’a changé. Le système tient encore et encore grâce et uniquement à « l’investissement fort » du personnel de santé, « mission flash » ou pas !

Au niveau médical, les urgences comptent énormément sur les « praticiens diplômés hors UE », les PADHUE ; en fait, les médecins étrangers moins payés que leurs homologues français pour un même travail. Ils enchaînent les gardes pour combler le tableau de permanence du service pouvant aller jusqu’à 4 gardes de 24h dans la même semaine ! Un autre « investissement fort ». Le ministre a promis des facilités administratives pour les semaines à venir mais après ?

Pour solliciter d’autres investissements afin de faire tenir la maison, il y a eu aussi des rallonges budgétaires pour encourager les heures supplémentaires défiscalisées pour les personnels médicaux et paramédicaux. Mais les services sont au taquet avec un personnel réduit et polyvalent. Après des heures à rallonge, c’est le burn-out qui guette.

Il faut urgemment augmenter les effectifs, de vraies revalorisations salariales, la reconnaissance des contraintes engendrées par ces continuités de service sans fin, le paiement conséquent des heures de nuit et de W.-E. et en finir avec les primes ponctuelles pour apaiser les tensions.

Visiblement ce n’est pas ce chemin que compte prendre le gouvernement et le ministre de la Santé tout à son injonction d’appeler le 15 avant de franchir la porte des urgences.

Mais continuer de tirer sur la corde des conditions de travail du personnel, d’exploiter de façon aussi éhontée les médecins étrangers, faire prendre des risques qui n’ont rien d’anodin aux patients avec le nouveau protocole de prise en charge… on ne peut pas dire que la situation s’améliore vraiment dans les services des urgences.

Pour dénoncer notamment cette situation et faire avancer les revendications des personnels de la santé tant sur les effectifs, les conditions de travail que sur les salaires, un appel est lancé par la fédération CGT santé pour une journée d’action le 22 septembre.

1. Le Quotidien du Médecin, 29 août 2022.

Comment en est-on arrivé à une crise d’une telle ampleur ?

Les différents ministres de la Santé qui se sont succédé depuis des années, interrogés par le journal Le Monde (1) rejettent tous la responsabilité sur leur prédécesseurs.

Tous remettent en cause le numerus clausus, cette limitation du nombre d’étudiants pouvant accéder à la 2e année de faculté et qui a abouti à la pénurie de médecins qu’on connaît.

Il a été mis en place avec la loi de juillet 1971, à la demande de l’Ordre des médecins et des médecins libéraux, qui craignaient de ne pas avoir une patientèle suffisante et voir se développer une trop forte concurrence. Le nombre de médecins formés chute de moitié entre 1972 et la décennie des années 90-2000.

Progressivement, des « numerus clausus » ont également été instaurés en odontologie (soins dentaires), en maïeutique (pour les sages-femmes) et en kinésithérapie.

Dans le même temps, la population est passée de 51 millions d’habitants en 1971 à 67,8 millions aujourd’hui, avec un accroissement important du vieillissement et donc un besoin de soins croissant.

Une des grandes contradictions du systéme tient au fait que les médecins sont très attachés à l’exercice libéral de la médecine alors qu’ils doivent l’essentiel de leurs revenus à la Sécurité sociale, et refusent une quelconque ingérence étatique dans l’exercice de leur profession.

Ils se réclament du Soin mais sont à la fois médecin et dans un exercice commercial, n’hésitant pas, pour une partie assez conséquente d’entre eux, à dépasser les tarifs fixés par la Sécu.

La crise s’est aggravée avec la suppression de l’obligation de garde des médecins libéraux (médecins de ville) dans les années 2000, et ce à leur demande. A ce jour, un peu moins de 40 % des médecins généralistes participent à cette permanence des soins le soir, la nuit et le week-end, augmentant de fait le recours aux urgences.

Un flux significatifs de médecins s’installent dans les villes et les régions où ils sont mieux rémunérés avec des conditions de travail moins difficiles. On assiste à un mouvement identique de l’hopital vers les cliniques privées ou vers l’exercice libéral, aggravant les conditions de travail de celles et ceux qui restent attachés au service public.

Quelle que soit leur volonté, les différents ministres de la Santé ne pouvaient pas « réguler l’offre de soins » en refusant de limiter l’exercice libéral des professions de Santé et, dans le même temps, avaliser et pousser à la diminution des dépenses publiques pour la santé et en faisant fonctionner l’hôpital comme une quasi entreprise avec la tarification à l’acte pour en diminuer les dépenses tout en confortant les grands groupes privés lucratifs. En fait cette régulation s’apparente plutôt à une politique de limitation de la demande !

Dans cet article, Jean François Mattei (ex-ministre de la santé), la main sur le coeur, dit qu’il a amorcé la remontée du numerus clausus, mais ne se vante pas d’avoir arrêté l’obligation de garde des médecins.

Xavier Bertrand, lui, prétend l’avoir aussi augmenté, mais se défausse du maigre résultat en déclarant avoir eu en face de lui des doyens qui résistaient à former plus de médecins.

Roselyne Bachelot, avec la réforme « hôpital patient santé territoire » (HPST), a, elle aussi, sérieusement contribué à fragiliser le système.

Xavier Bertrand, reprenant le ministère, a continué la même politique s’engageant à ne pas toucher aux prérogatives des médecins libéraux.

Marisol Touraine, quant à elle, a forcé aux regroupementsd’établissements et a continué la politique de fermetures d’hôpitaux, de services et de lits. Elle a assumé leurs fermetures prétextant la nécessité de développer la médecine ambulatoire. Une autre façon de fragiliser l’hôpital public. Par contre, pour les médecins libéraux, elle a écarté toute contrainte.

Agnès Buzyn a continué sur la même lancée de regroupements d’établissements, la fermeture des lits, favorisé le développement de la e-médecine… et devant l’évidence de la pénurie, a fini par supprimer le numerus clausus mais sans les moyens pour former et commencer à combler sérieusement le déficit.

Ce long article du journal Le Monde illustre tout à fait la continuité sur toutes ces années de politique en matière de Santé qui, au bout du compte, avec une vision sur le temps long, cherche à limiter les moyens humains et financiers nécessaires (en particulier au niveau de l’hôpital public) alors que les besoins de la société sont croissants (sans même parler de la dernière pandémie/épidémie liée au Covid 19 !)… tout en favorisant une médecine toujours plus libérale, une médecine à deux vitesses !

1. Le Monde, 12 août 2022.

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