les Républicains – Valérie Pécresse : « Les femmes de mon âge ont presque toutes subi des agressions sexuelles sans oser en parler »


Sa vie de femme, de mère, d’épouse, son enfance… Délaissant, le temps d’une rencontre avec le magazine Closer, les dossiers techniques d’une candidate à la présidentielle, Valérie Pécresse se raconte.

On parle beaucoup de vous, mais on ne sait pas grand-chose de vous… On vous reproche d’être une bourgeoise, distante, trop « première de la classe ». Qu’est-ce que les Français seraient surpris de découvrir ?

Mon grand-père était psychiatre, un des pionniers de la lutte contre la dépression nerveuse. Comme ma mère était son assistante, j’allais chaque jour à son cabinet après l’école. J’ai assisté en direct à des scènes marquantes d’appels de personnes en grande détresse. J’ai grandi avec cette idée de vouloir réparer les âmes. La politique, c’est aussi apporter son aide aux plus fragiles.

Vous donnez l’impression d’être forte, mais avez-vous connu des périodes de fragilité ?

J’ai failli tout laisser tomber après la défaite de 2012. Tous les politiques de mon parti se bagarraient et je l’ai très mal vécu. Je suis partie trois semaines marcher en pleine nature. Une coupure réparatrice.

Finalement, quel est le plus grand malentendu à votre sujet ?

En CE2, ma professeure m’a dit que je n’arriverai pas à faire d’études parce que j’étais trop timide. Ma vraie personnalité a pris le dessus au collège. J’étais déléguée de classe. Je dénonçais les injustices et défendais les plus faibles. Les gens pensent que je suis froide, alors que je suis plutôt du genre hyperbouillante ! Disons que je suis une cheffe de bande version Mère Teresa.

Quelle adolescente étiez-vous ?

Aventureuse. J’ai visité l’Asie en sac à dos avec des copains et, dès 16 ans, je partais en Russie dans les camps de jeunesse communiste. Et j’ai toujours été passionnée par le cinéma. Quand j’aimais un film, j’achetais la B.O. et je l’écoutais en boucle. J’avais tapissé ma chambre de posters de la comédie musicale Hair. J’étais transportée par les chansons qui parlaient de liberté et d’amour.

Avez-vous encore le temps d’aller au cinéma ?

J’ai vu le dernier Almodovar, Madrés paralelas, une histoire de bébés échangés à la naissance, avec deux beaux portraits de femmes. En ce moment, quand je rentre, je lis juste quelques pages en me couchant, c’est le régime marathon. Habituellement, pour me détendre, je regarde des séries comme Dix pour cent, The Crown, Le Bureau des légendes.

A 28 ans, vous avez été retoquée d’un poste de direction du Centre national du cinéma parce que vous étiez enceinte. Comment l’avez-vous vécu ?

Pendant ma première grossesse, on m’a refusé deux postes et, à l’époque, je m’étais résignée. Pourtant, un mois plus tard, un des chefs du Conseil d’Etat m’a proposé de devenir rapporteure publique. « Votre grossessene doit pas vous freiner ! », m’a-t-il dit. C’est bien la preuve qu’il existe des hommes qui font progresser le droit des femmes.

Vous êtes une femme dans un monde d’hommes. Comment gérez-vous la misogynie du milieu politique ?

La politique est un combat permanent, parce que les femmes se sentent toujours illégitimes. On les juge sur des détails absurdes. Le plus gros handicap des femmes en politique, c’est la voix, et je sais de quoi je parle.

Faire campagne pour une présidentielle est long et difficile. Faites-vous attention à votre hygiène de vie ?

J’essaye, mais je suis très gourmande. Avant, j’éliminais en faisant de la boxe et en allant à la piscine, mais en ce moment, je suis plutôt Pilâtes et yoga. Cela dit, je récupère très vite, je suis une adepte des micro-siestes.

Vous arrive-t-il de ne rien faire ?

J’adore ça, mais comme mon mari est hyperactif, je vous avoue que les temps calmes sont très rares…

La jeunesse est radicale dès qu’elle parle du mouvement #MeToo.Avez-vous déjà eu des affrontements avec vos enfants sur ce sujet ?

Je réalise grâce à eux que la nouvelle génération est beaucoup plus solidaire que la mienne et a fait énormément avancer les mentalités. Les femmes de mon âge ont presque toutes subi du sexisme, du harcèlement, voire des violences, sans oser en parler.

Vous avez déjà été agressée ?

Oui, dans une cage d’escalier. J’avais 22 ans. Heureusement j’ai crié, un voisin a entendu et a mis en fuite mon agresseur. J’ai mis du temps à en parler.

Avez-vous connu des chagrins d’amour ?

Des petits, mais pas des grands. J’étais une jeune fille plutôt romantique, un peu cœur d’artichaut, et puis Jérôme est arrivé…

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

On se connaissait depuis des années, mais on s’est vraiment rencontrés le jour du mariage de mon meilleur ami. Jérôme était persuadé que j’étais la mariée, mais j’étais juste la témoin ! Il a multiplié les stratagèmes pour me séduire, alors que j’étais en couple. Ça a duré six mois et j’ai craqué pour lui. Deux mois plus tard, il m’a demandée en mariage lors d’un voyage en Andalousie. Mes amis nous ont mis en garde : c’était bien trop rapide. Ça dure depuis vingt-huit ans.

C’est quoi, le ciment dans votre couple ?

Nous avons des rites ensemble. Faire des grandes marches partout en France, cuisiner, nous retrouver en Corrèze, à la Baule.

Si vous êtes élue Présidente, quel sera le statut de votre mari ?

Nous y réfléchissons… Une chose est sûre : il n’y aura pas de Statut particulier pour le « premier homme ».

Les gens qui ont une grande carrière ont souvent le regret de ne pas avoir été de bons parents. Est-ce votre cas ?

Mes adversaires ont toujours essayé de me culpabiliser là-dessus. Jérôme et moi, nous nous sommes organisés afin d’être toujours présents pour les enfants, quels que soient nos agendas. On a longtemps sacrifié les sorties et les amis. Nous sommes une famille très soudée. La preuve, cet appel à l’instant, c’est ma fille qui me demande de l’aide pour récupérer sa machine à laver ! (Rires.) Je n’aurais pas pu me lancer dans cette campagne sans le soutien total de ma famille. Et pourtant, ça fait vingt ans qu’elle morfle. Mon fils a passé sept heures en garde à vue pour un joint. Mes adversaires ont prévenu les médias, ça tournait en boucle sur les réseaux. Mon fils était majeur, étudiant, et il n’habitait plus à la maison… Il a été très meurtri. Mais c’était destiné à m’atteindre. Cela aurait pu briser notre famille.

Comme l’ex-chancelière allemande Angela Merkel, faites-vous vos courses vous-même chez Carrefour ?

En ce moment, c’est plutôt à la supérette du coin de la rue… Les gens sont toujours assez surpris de me voir pousser un caddie !

On juge beaucoup les femmes sur leur look. Avez-vous été approchée par de grands designers ?

Je suis plutôt tailleur -pantalon et bottines. J’aime les acheter chez The Kooples, Claudie Pierlot, Georges Rech ou Zadig & Voltaire. J’achète aussi des basiques chez Mango ou Zara. Et il m’arrive de porter des pièces de jeunes créateurs d’Ile-de-France. 54 ans, c’est l’âge de la liberté.

>> Lire l’interview sur CloserMag.fr

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