Remettre les femmes sagement à leur place ?


Au mois de juillet 2021, l’Inspection générale des affaires sociales publiait un rapport sur l’évolution de la profession de sage-femme. Faisant suite à un fort mouvement de revendications dans la profession, ce rapport, sensé apporter des réponses aux revendications de la profession, n’entérinait ni plus ni moins que quatre siècles de domination masculine, via le pouvoir médical, sur le corps des femmes.

Depuis des années, les professionnelles et organisations syndicales tirent l’alarme sur la situation des sages-femmes : conditions de travail toujours davantage dégradées, non reconnaissance de leurs compétences et savoir-faire. Au tournant des années 2010, elles avaient déjà dû batailler pour une juste reconnaissance de leurs cinq années d’études dont une sélective, la première année commune aux études de santé (Paces).

À l’issue du Ségur de la santé, en juillet 2020, elles n’avaient obtenu qu’une revalorisation de 183 euros net par mois, une prime similaire à celle accordée aux professions non médicales. La profession de sage-femme est pourtant, selon le Code de la santé public, une profession médicale au même titre que les médecins et les odontologistes. Face à ce manque récurrent de considération, les sages-femmes retrouvent le chemin des mobilisations et des manifestations en janvier 2021, et le fort mouvement social qui s’étend sur toute l’année touche de nombreuses maternités. Devant l’ampleur de la contestation le gouvernement convoque rapidement une mission et confie à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) la rédaction d’un rapport sur l’évolution de la profession de sage-femme.

Entre banalités et promesses, ce rapport est marqué par la permanence d’une domination masculine consubstantielle au pouvoir médical. On y lit ainsi que «  les gynécologues représentent l’autorité médicale, intellectuelle et morale  » rien de moins.

Une profession subordonnée

Tout le savoir des sages-femmes est subordonné au savoir des gynécologues qui «  construisent les connaissances sur la grossesse et les accouchements et définissent les principes de fonctionnement dans les maternités  ». Profession féminine à 97,2%, la profession de sage-femme est ainsi soumise au pouvoir médical genré au masculin, détenteur de l’autorité intellectuelle et morale. La profession des sages-femmes est ainsi, dès son institution entre les XVIIe et XVIIIe siècles, une profession mise au service d’un triple objectif scientifique, démographique et moral.

La professionnalisation des sages-femmes s’inscrit dans un combat contre un pouvoir féminin, celui des matrones, jugées pas assez soumises à l’autorité patriarcale. La médicalisation progressive de l’accouchement au cours du XIXe siècle verra les sages-femmes être mises sous la coupe d’une nouvelle discipline médicale, et masculine, l’obstétrique.

Il est plus que nécessaire aujourd’hui de s’émanciper de ce pouvoir qui pathologise la grossesse et l’accouchement. Le combat pour la santé des femmes, pour la réappropriation de leur corps, enfin libérés du joug patriarcal, est un combat majeur. L’émancipation des sages-femmes du pouvoir médical en sera une étape essentielle.

David (UCL Grand-Paris sud)

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