Une intégration dans le syndicalisme professionnel


En janvier, Macron a annoncé son projet pour l’université publique. Au programme : libéralisation, déstructuration et hausse des frais d’inscription. Face à ces assauts, des résistances s’organisent. Parmi elles, celle des syndicats Solidaires Étudiant-e-s.

Fondée en 2013, la fédération Solidaires Étudiant-e-s est composée d’une trentaine de syndicats. Appuyée sur la Charte d’Amiens (1906) et sur la Charte de SUD-PTT (1999), elle pratique un syndicalisme de lutte et auto­gestionnaire. Les syndicats se réunissent régulièrement lors de rencontres fédérales, en s’efforçant systématiquement de rechercher le consensus dans leurs débats. Le secrétariat fédéral est mandaté pour appliquer leurs décisions. Les secrétaires ne jouent pas le rôle de bureaucrates décisionnaires, leur action étant autant que possible encadrée par les décisions fédérales. De cette façon, chaque syndicat participe à la construction et au fonctionnement de la fédération.

Membre à part entière de l’Union syndicale ­Solidaires, Solidaires Étudiant-e-s permet à ses militantes et à ses militants de se familiariser avec les activités des syndicats professionnels et de participer à l’ensemble des luttes de notre classe. Ainsi, ses membres contribuent au travail interprofessionnel en prenant part aux tournées d’entreprises, aux activités de propagande et à la vie générale des unions locales. En retour, l’existence de Solidaires Étudiant-e-s permet aux syndicats professionnels de mieux intervenir sur les lieux d’études et de disposer de davantage de forces ­militantes.

Historiquement, le syndicalisme étudiant – typiquement, l’Unef – préparait des cadres qui rejoignaient ensuite des partis politiques – typiquement, le PS –, parfois dans des optiques carriéristes. Grâce à son intégration dans le syndicalisme ­professionnel et autogestionnaire, Solidaires Étudiant-e-s permet au contraire de former des animateurs et animatrices de lutte qui s’impliqueront par la suite dans les syndicats professionnels.

Pour une structuration robuste

En raison de la nature transitoire de leur activité étudiante, les mem­bres ne restent pourtant dans le syndicat que quelques années. Ainsi, il est crucial pour Solidaires Étudiant-e-s de les former solidement, afin de pouvoir maintenir la cohésion de la fédération tout en préparant ses membres à leurs tâches futures au sein des syndicats professionnels. Il s’agit d’une besogne périlleuse, qui demande une structuration robuste permettant le ­maintien sur la durée des savoirs et des pratiques en même temps qu’un recrutement permanent de nouveaux membres afin que les syndicats locaux ne disparaissent pas.

Aujourd’hui, le principal enjeu pour Solidaires Étudiant-e-s est de se constituer un ancrage de masse, afin de faire vivre et grandir les mobilisations étudiantes. Cette massification est compliquée par l’important turn-over évoqué plus haut, mais aussi par l’existence d’un entre-soi militant pouvant constituer un frein à l’adhésion. Ainsi, Solidaires Étudiant-e-s peine pour le moment à concurrencer les structures cogestionnaires en termes de nombre et de visibilité. Malgré tout, face aux réformes de libéralisation de l’université, le rôle des syndicats de lutte comme Solidaires Étudiant-e-s est plus que jamais essentiel.

Léo et Yanis (UCL Rennes)

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